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Nos monuments, ces stars

Vous les avez peut-être déjà aperçus dans vos films préférés sans même le savoir… Les monuments nationaux s’invitent régulièrement sur le grand écran. Sources d’inspiration, chargés d’histoire et porteurs d’une puissance visuelle unique, ces lieux mythiques séduisent les réalisateurs en quête de décors d’exception. Mais comment passe-t-on de la conservation… au grand écran ?

Les tournages dans les monuments nationaux

Activité ancienne au sein du Centre des monuments nationaux, l’accueil de tournages s’est professionnalisé depuis près de vingt-cinq ans. « Au début, les productions venaient à nous sans que l’offre soit réellement structurée. Nous avons appris à parler leur langage », explique Marina Santelli, cheffe du pôle des privatisations et des tournages. 

En partenariat avec la Commission régionale du film d’Île-de-France, le CMN a construit une offre claire et adaptée aux exigences du secteur : plages horaires précises, conditions de surveillance, temps de montage et de démontage encadrés, cahier des charges d’exploitation, grille tarifaire publique et outils de promotion dédiés. L’établissement participe aux grands rendez-vous professionnels comme Paris Images Production Forum, référence ses sites sur les principales plateformes de repérage et développe sa présence dans la presse spécialisée comme sur les réseaux sociaux. 

Cette visibilité permet de toucher non seulement les productions françaises, mais aussi les équipes internationales, qui travaillent souvent avec des repéreurs français connaissant parfaitement les spécificités patrimoniales. 

Coulisses du tournage de la série Marie-Antoinette, sur Canal +, au château de Champs-sur-Marne.

Caroline Dubois

L’an dernier, 379 tournages ont été accueillis dans le réseau du CMN (contre 458 en 2024), qu’il s’agisse de longs-métrages, de séries, de documentaires, de films publicitaires ou encore de défilés et d’événements culturels. Une activité pleinement intégrée à la vie des monuments, qui contribue à leur rayonnement tout en générant des ressources propres. 

Parmi les sites les plus sollicités figurent l’Arc de triomphe, le Domaine national du Palais-Royal, le Domaine national de Saint-Cloud, le Château de Maisons ou encore le Château de Champs-sur-Marne. Certains monuments deviennent des décors contemporains, Paris vibrant et actuel, d’autres incarnent des fresques historiques, voire servent de « doublures » pour de grands palais disparus ou inaccessibles : Champs-sur-Marne peut ainsi évoquer Versailles à l’écran. 

Les monuments nationaux ont servi d’écrin à des productions populaires et ambitieuses. On pense à la série à succès Lupin, dont une scène spectaculaire a été tournée à l’Arc de triomphe, ou encore au film Marie-Antoinette, qui a contribué à renouveler l’imaginaire visuel autour du patrimoine français. 

Plus récemment, des productions comme De Gaulle, la série internationale Carême ou de nouvelles adaptations des Misérables ont investi les décors du CMN. Autant d’œuvres qui inscrivent les monuments dans la culture populaire mondiale.

Un encadrement exigeant

Accueillir un tournage dans un monument historique ne s’improvise pas. Chaque projet est examiné avec attention : lecture du synopsis pour s’assurer qu’aucun élément ne puisse nuire à l’image du site, encadrement strict des installations techniques, protection des espaces sensibles. 

Certains lieux font l’objet de précautions particulières. Au Panthéon ou à l’Arc de triomphe, il n’est pas question de filmer n’importe quelle scène à proximité de la flamme du Soldat inconnu. Dans les cryptes, les tournages sont interdits sauf exception dûment justifiée par un lien étroit avec le lieu et son histoire. 

Les Illusions perdues de GIannoli au Palais-Royal © Centre des monuments nationaux (1).JPG
Coulisses du tournage de Les Illusions perdues de GIannoli au Palais-Royal.

DR - Centre des monuments nationaux

Une vitrine internationale

Le cinéma et les séries constituent un puissant levier de notoriété. Des études menées par le CNC et l'Ifop en janvier 2024 montrent que, pour le public étranger, la vue d’un site patrimonial à l’écran a un réel impact sur le tourisme. Une grande majorité des touristes étrangers exposés à des fictions françaises (80 %) déclarent qu’elles les ont incités à visiter la France, et 68 % de l’ensemble des touristes reconnaissent cette influence. Chez les touristes français, 66 % affirment que des films ou séries les ont motivés à découvrir les régions où ils ont été tournés. Les œuvres audiovisuelles contribuent ainsi à diffuser une image positive des territoires et à renforcer leur attractivité touristique, avec un effet particulièrement fort chez les visiteurs étrangers. L’impact est donc tangible en matière de tourisme culturel. En savoir plus !

Le CMN développe aussi sa visibilité à l’international. Présent au festival Cinemania au Canada, l’établissement y a été partenaire et mis à l’honneur à travers des films historiques tournés dans ses monuments, tout en participant à des tables rondes professionnelles sur son modèle d’accueil des productions. 

Au-delà des retombées économiques, les tournages sont « une autre manière de faire vivre les monuments », souligne Marina Santelli. Ils les inscrivent dans des modèles économiques contemporains, les maintiennent dans l’air du temps et les rendent familiers à de nouveaux publics. 

Récupérer des images de tournage pour les valoriser reste un travail de longue haleine, mené avec les équipes de production et souvent conditionné à la sortie officielle des films.  

Mais si le cinéma et les séries occupent une place centrale, l’activité ne s’y limite pas. Les monuments accueillent également des campagnes publicitaires, des documentaires, des captations, des événements culturels et même des défilés de mode. L’important c’est avant tout que nos monuments restent ancrés dans la création contemporaine ! 

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Les monuments nationaux au cinéma

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