Art & Architecture
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Découvrez le motif classique japonais du paon et des pivoines ...
Le paon et les pivoines est un motif classique de la peinture chinoise, dont l’exécution atteste ici d’une grande maîtrise technique. Ce grand kakemono, ou rouleau suspendu, est dessiné à l'encre de Chine à l’aide de dégradés subtils et de contrastes chromatiques entre le paon au plumage sombre et de claires pivoines. L'artiste détaille chacune des plumes et utilise des touches plus larges afin de rendre la texture des feuilles et les branches. L'ensemble dégage une atmosphère de mouvement et de grâce.
Le paon, représenté de profil, perché sur une branche, offre sa large queue déployée au regard. Celle-ci occupe une grande partie de l’œuvre. Chacune de ses ocelles est finement dessinée, et se mêle par endroits aux grandes pivoines qui l’entourent, symboles de richesse, de prospérité, et de paix.
Le paon est certes un oiseau décoratif, mais il est aussi doté d’une forte valeur symbolique dans l'art asiatique, notamment en Chine. Il est le symbole de la dignité, de la beauté et de l'immortalité. Sa queue et ses ocelles sont considérées comme une représentation de la richesse, de l'élégance et de la bonne fortune.
Le style de l'œuvre est typique de la peinture de fleurs et d'oiseaux (Huaniao Hua en chinois, Kacho-ga en japonais). Ce genre a été florissant en Chine, notamment sous la dynastie Song, puis a été adopté et enrichi par les artistes japonais. Le paon, associé au motif de pivoine, illustre la formule « wenming fugui » (« Puissiez-vous être riche en culture »). Il a été utilisé avec ce sens au Japon après l’arrivée de nombreux artistes chinois fuyant l’invasion mandchoue au milieu du XVIIe siècle. Ce thème, qui évoque donc la Chine et le monde des lettrés, est assez fréquent chez les artistes de l’école dite de Nagasaki, ville qui accueillait les réfugiés à leur arrivée de Chine,
La présence d’un cachet de signature ou d'approbation rouge, donne des informations sur l'auteur ou le contexte de la création. La calligraphie indique "乙丑年" (l'année Yichou), "李志" (Li Zhi) ou "甲午年" (l'année Jiawu) "王守" (Wang Shou). D'après la calligraphie, l'artiste est probablement chinois ou japonais. L'œuvre pourrait dater du XIXe ou du début du XXe siècle.
En effet, dans le système du cycle sexagénaire chinois, chaque année est désignée par une combinaison de deux caractères : un « tronc céleste » et une « branche terrestre ». Ce cycle se répète tous les 60 ans. Les années Yichou les plus récentes sont 1865 et 1925, celles Jiawu les plus récentes sont 1834 et 1894, sachant que l'année 1894 est particulièrement célèbre en Chine et au Japon, car elle marque le début de la première guerre sino-japonaise. La peinture daterait de l'une de ces années.
© Hervé Lewandowski