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Le mont Fuji par temps clair

Découvrez l'une des estampes les plus célèbres d'Hokusai!

Présentation de l'oeuvre

Katsushika Hokusai (1760-1849), "Le mont Fuji par temps clair", planche n° 2 de la série des Trente-six vues du mont Fuji, vers 1830-1832. Époque d'Edo (1603-1868), 2e quart du 19e siècle. Xylographie en couleurs sur papier (nishiki-e), 24,7 x 37,5 cm. Maison de Georges Clemenceau (Saint-Vincent-sur-Jard)

© Hervé Lewandowski

Ce célèbre chef-d'œuvre, Le mont Fuji par temps clair ou Fuji rouge, est une estampe sur bois de Katsushika Hokusai, la deuxième de sa série des Trente-six vues du mont Fuji. L'œuvre est une démonstration de la maîtrise technique et artistique de Hokusai, qui a su fusionner les traditions japonaises avec des influences occidentales naissantes.

L'estampe se distingue par sa composition puissante et minimaliste. Le Mont Fuji domine le centre, sa forme triangulaire imposante est peinte dans des tons de rouge-brique, qui contrastent fortement avec le bleu saturé du ciel, un bleu de Prusse. L’utilisation de ce pigment synthétique importé d'Europe et qui ne se décolore pas était une nouveauté pour le Japon de l’époque.

La simplicité de la composition masque la complexité du processus de la gravure sur bois en couleurs, qui nécessite plusieurs planches. La sérénité de la scène contraste avec l'énergie dramatique de la vague dans sa célèbre consœur La Grande Vague de Kanagawa.

Katsushika Hokusai (1760-1849) est l'un des artistes japonais les plus célèbres de l'époque d'Edo. Surnommé le « vieux fou de dessin » (Gakyōjin), il a connu une carrière exceptionnellement longue et productive, créant plus de 30 000 dessins. Son œuvre est un témoignage de sa polyvalence, allant des portraits de courtisanes et d'acteurs de kabuki aux scènes de la vie quotidienne et aux paysages. Il a révolutionné l'ukiyo-e, ces images du « monde flottant », en élevant le paysage au rang de genre majeur. Il est également Considéré comme l’inventeur du terme « manga » pour parler de ses carnets de croquis remplis de dessins éclectiques. Sa fascination pour la nature, les forces de l'univers et le quotidien se reflètent dans l'ensemble de son travail.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les estampes japonaises sont découvertes en Europe, provoquant un véritable engouement connu sous le nom de Japonisme. Elles ont eu une influence profonde sur les artistes français, en particulier les impressionnistes et les post-impressionnistes. Des artistes comme Claude Monet, Vincent van Gogh et Edgar Degas collectionnaient ces estampes et s'en inspiraient.

L'impact esthétique des estampes d’Hokusai fut majeur. L’Europe découvrait des compositions asymétriques et les vues en plongée qui s'éloignaient de la perspective linéaire classique occidentale, une utilisation de la couleur en aplat, sans modelé ni ombre, qui renforçait l'aspect décoratif et graphique de l'œuvre ainsi que des lignes courbes et fluides, comme les nuages étirés du Fuji rouge, qui contrastaient avec les traits académiques européens. Enfin, l'attention portée aux scènes de la vie quotidienne et à la nature correspondait parfaitement aux aspirations des Impressionnistes.

Le Fuji rouge est devenu, avec La Grande Vague, un symbole mondial de l'art japonais. Sa simplicité graphique et la force de sa composition ont transcendé les frontières culturelles pour s'imposer comme une image emblématique de la culture japonaise. L'œuvre a été reproduite à l'infini et a inspiré des artistes, des designers et même des musiciens. Cette estampe est l’incarnation de l'importance des échanges culturels dans les arts, et de l'influence mutuelle entre l'Orient et l'Occident. Sa capacité à représenter l'essence de la nature et la spiritualité associée au Mont Fuji en font une œuvre intemporelle.

Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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