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Le Juge des Enfers, Enma et son gardien

Partez à la découverte de ce dessin préparatoire ou shita-e

Présentation de l'oeuvre

Le Juge des Enfers, Enma et son gardien. Japon, ère Meiji (1868-1912), vers 1880-1900. Dessin à l’encre et lavis sur papier, 26,2 x 37,1 cm. Maison de Georges Clemenceau (Saint-Vincent-sur-Jard)

© Hervé Lewandowski

Cette scène de jugement est probablement issue de la mythologie bouddhiste ou taoïste. Le format est celui d'une feuille de papier, il s’agit d’une esquisse au pinceau à l'encre et au lavis sur papier, probablement un dessin préparatoire (shita-e) pour une estampe ou une illustration xylographiée.

Le trait est fin et précis, réalisé à l'encre de Chine, tandis que les zones d'ombre et de volume sont créées par des lavis d'encre diluée, allant du gris clair au noir intense. Le fond, réalisé en lavis, crée une atmosphère mystérieuse et sombre. L'œuvre s'inscrit dans la tradition de la peinture à l'encre chinoise (sumi-e ou shuimohua), qui met l'accent sur la spontanéité, l'expressivité et la maîtrise du pinceau. Le style est proche de la peinture de genre ou de figures, souvent utilisée pour illustrer des récits, des mythes ou des légendes.

Cette scène de jugement se déroule dans ce qui semble être le monde souterrain ou l'enfer. Le personnage principal, assis derrière un bureau, porte un chapeau de mandarin et une robe impériale, tandis que les traits de son visage forment le dessin d’un dragon. Ce juge n’est pas humain, mais une divinité. Il est le roi des Enfers, connu sous les noms de Yama (dans la tradition bouddhiste) ou Yanluo Wang (dans le taoïsme et la mythologie chinoise), qui tire son autorité directement du monde divin. Il pourrait également s’agir du roi Enma, souvent représenté présidant le jury composé des dix rois juges des enfers. Le dragon, en tant que symbole impérial et divin, est la représentation parfaite de cette autorité suprême sur le monde souterrain. Il tient un pinceau et lit un rouleau, qui contient probablement les noms et les péchés des âmes jugées. Un gardien ou un guerrier se tient debout à sa gauche, l’air menaçant. Il porte un casque et une armure, et brandit une arme large et plate. Ce personnage est très probablement un gardien des enfers ou un général céleste au service du juge. Dans la mythologie chinoise, de telles figures, comme Heibai Wuchang (les messagers des enfers), ou d'autres généraux de l'armée céleste, sont souvent représentées aux côtés de Yanluo Wang pour l'assister dans son travail.

Le fond de la scène est rempli de flammes qui s’élèvent en prenant la forme d’une montagne, renforçant l’aspect d'un lieu inhospitalier et sinistre. Un nuage ou des volutes de fumée entourent un œil qui renforce l’ambiance surnaturelle de la scène.

Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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