Chantier
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Le château d’Azay-le-Rideau a fait l’objet d’une restauration d’ampleur pour préserver ses charpentes, couvertures, sculptures et maçonneries. Un chantier minutieux qui a également permis de redécouvrir des décors polychromes rares et d’intégrer pleinement les enjeux de préservation de la biodiversité.
Menée entre janvier 2015 et juin 2017 sous la maîtrise d’ouvrage du Centre des monuments nationaux et la maîtrise d’œuvre d’Arnaud de Saint-Jouan, architecte en chef des monuments historiques, la restauration du château d’Azay-le-Rideau a représenté un investissement de huit millions d’euros. Ce chantier majeur a porté sur les charpentes, l'intégralité des couvertures, la sculpture ornementale, les menuiseries et les maçonneries hautes.
Afin de mener à bien ces interventions de haute technicité, l'intégralité du monument a été mise à l'abri sous un impressionnant échafaudage de 28,5 mètres de haut surmonté d'un "parapluie" étanche. Cette structure a garanti une sécurité optimale pour les compagnons (charpentiers, couvreurs, tailleurs de pierre) tout en protégeant les combles et les étages des intempéries durant les travaux, maintenant ainsi le site ouvert aux visiteurs.
© Centre des monuments nationaux
© Centre des monuments nationaux
La sculpture ornementale en tuffeau clair, emblématique du style Val-de-Loire du XVIe siècle, a fait l'objet d'un diagnostic rigoureux. Les façades souffraient de restaurations antérieures malheureuses datant du début du XXe siècle, qui avaient employé des scellements au plâtre et des mortiers trop durs ou trop étanches. Ces matériaux inappropriés ont emprisonné l'humidité et provoqué l'oxydation de goujons en fer, entraînant la dégradation de la pierre.
Pour y remédier, une cartographie précise des pathologies a dicté la méthodologie d’intervention :
La toiture de 1 838 m², caractérisée par de grands rampants à pic, des tours et des lucarnes, présentait de graves défauts d'étanchéité menaçant la structure. L'ensemble de la couverture a été déposé pour une réfection totale représentant un poids de 75 tonnes d’ardoises.
Face à la fermeture en 2013 des ardoisières historiques du bassin d'Anjou (fournisseur d'origine), les restaurateurs ont mené une étude pétrographique approfondie afin d’identifier le substitut idéal. En comparant les caractéristiques mécaniques, colorimétriques et physico-chimiques des matériaux du marché, l’ardoise de Galice (carrière n°4 Armadilla de Cupa Pizarras) a été rigoureusement sélectionnée pour sa conformité absolue avec l'existant. Ce chantier a initié la gamme "MH" (Monuments Historiques), des ardoises de 5 mm d'épaisseur épaufrées et calibrées manuellement.
La pose, confiée aux entreprises spécialisées Adheneo et Hériau, comprenait :
© Centre des monuments nationaux
Les combles abritent une charpente d’origine exceptionnelle, dont les chênes ont été coupés dans la forêt de Chinon lors de l'hiver 1518-1519. Préservée dans un état remarquable, elle a été mise à nu pour consolidation. L'apport de 35 m³ de chêne neuf a permis de conforter la structure afin qu'elle supporte durablement la nouvelle couverture.
Les sommets des toitures sont ornés d'épis de faîtage et de décors en plomb remarquables, culminant parfois à 6 mètres de hauteur. Le chantier a permis une redécouverte majeure : la présence d'un décor polychrome ornemental extrêmement rare (motifs végétaux, grotesques et héraldiques) peint sur les faîtages et les épis.
Pour préserver ce patrimoine fragile, une approche scientifique pluridisciplinaire a été adoptée avec le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH), la SOCRA (restauration), et la société Arthémis (relevés archéométriques et études).
© Centre des monuments nationaux
Le projet a intégré une dimension environnementale forte. Les travaux dans les combles ont été programmés pour respecter le cycle de nidification d'une colonie de grands murins, une espèce protégée de chauve-souris établie dans le monument.
Enfin, la restauration s'est étendue au parc paysager du XIXe siècle (renouvellement botanique, réaménagement des miroirs d'eau) désormais relié par une passerelle à l'île de la Rémonière (zone Natura 2000). Un nouvel éclairage extérieur vient désormais sublimer la splendeur retrouvée de ce joyau architectural du Val-de-Loire.